Les espaces verts de Launay-Violette sont devenus l'« atelier sans murs » des artistes plasticiens B/B - Gilles Bruni/Marc Babarit. Ils y ont réalisé une installation paysagère. Le public du lieu a ainsi pu assister, voire participer, à l'élaboration de cette œuvre in situ, en vraie grandeur, sur le temps de cette année universitaire 2001/2002.

« Le site est devenu le cadre, la scène où se joue désormais la théâtralisation de rapports, entre nous, avec les autres, les gens du coin, les partenaires, et des espaces de peu, non-vus, délaissés ou oubliés, fragments de nature, ou plutôt de campagne, un cadre finalement proche et souvent familier.
Aujourd'hui encore, l'expérimentation reste empirique ; tâtonnements matériologiques et empilement de nos réflexions nourrissent toujours ce travail à deux, in situ, installations paysagères, éphémères, nomades, saisonnières. [...] Il s'agit de matérialiser avec et en un lieu un processus d'appropriation temporaire, possession paysagère d'un espace que nous tentons d'apprivoiser. Importe ici l'expérience directe, intense, évacuant toute simulation. Travailler in situ, c'est réagir au lieu, l'activer ou le réactiver en nous appuyant sur les données du site. [...]
Nous exploitons par mimétisme technique des modalités opératoires issues du milieu d'implantation local et plus généralement celles de l'agriculture, de l'architecture, de l'écologie, de la photographie. Nul secret de fabrication, ou savoir-faire particuliers : la réappropriation, l'interprétation des pratiques ordinaires de la territorialisation - même transitoire - produisent les figures réglées de nos positions respectives : manière d'être au monde, d'habiter, co-existence qui s'aménage avec les données du lieu_ : le temps qu'il y fait, le temps qu'il faut et l'entre-deux social, adoption et coadaptation confondues. [...]
La réitération nomade de nos interventions ne fait que mettre en scène notre humanité, cette dimension anthropologique d'une quête qui pose fondamentalement la question de l'expérience d'un locus, d'un être-là, et consécutivement l'apparition du paysage comme espace anthropisé, produit, habité, à révéler, à tripoter, à transmettre, à respecter, à vivre... »

Les points forts du projet


favoriser les croisements disciplinaires en associant différents langages sur un même objet, différents regards (lettres, histoire, géographie, sciences, musique) pour « interroger le paysage » ;
conforter des partenariats déjà existants entre l'IUFM, le musée des Beaux-Arts, l'Arthotèque, le FRAC, la DRAC, le SEVE (service des espaces verts et de l'environnement de la Ville de Nantes) ;
développer de nouveaux partenariats en associant un petit groupe d'étudiants de l'école des Beaux-Arts de Nantes ainsi que l'association culturelle Artaban.

LE BOSQUET AUX DEUX JARDINS




Les travaux se sont déroulés de janvier à juin 2002. Il est donc question du temps qui s'est écoulé entre un moment X (qui se veut être un début) et un moment Y (qui se présente comme une fin). Or l'installation paysagère a été présentée au public le 18 juin 2002 à 18h30. Plus de trois mois se sont écoulés. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Sans entretien prévu pendant l'été on peut légitimement s'attendre à n'en découvrir que des vestiges. Est-ce encore une œuvre ou « une situation abandonnée » ? Pour nous, l'installation est toujours un ouvrage transitoire, soumis aux aléas de la saison, des météores, des gens qui peuvent l'entretenir ou la dégrader. Laisser l'œuvre in situ évoluer, se dégrader ou se transformer implique l'acceptation que ça nous échappe, c'est une des conditions de ces pratiques éphémères. En faisant de l'institution dans laquelle nous sommes intervenus le dépositaire de « l'œuvre », libre cours est donné au personnel de la faire perdurer, d'en conserver tel ou tels aspects ou bien de l'évacuer : appropriation, interprétation...

Vestiges

Ne plus voir que des vestiges renvoie toujours au moins implicitement à notre condition transitoire, ça cause de disparition. Il suffit de considérer la confusion habituelle des choses que nous produisons et l'être qui les a produites et qui les possède. L'avoir renvoie à l'appartenance, à la propriété, ici l'in situ réalisé en extérieur contredit les habitudes (en occident). Les choses sont transitoires. Le jardinier, l'agriculteur ou le paysagiste le savent. Le prix qu'il accepte d'en payer est généralement l'entretien, les soins qu'ils prodiguent au végétal, le contrôle qu'ils tentent parfois d'exercer sur les choses.

Matériaux

Bosquets, pelouses, bandelettes de protection en jute, broyat de déchets verts de Nantes, feuilles compostées ou brutes, terreau de feuille, feuilles, fumier de ferme, foin, branchages de tailles des platanes à feuilles d'érable, branches et branchages divers, bois de chauffage, lait de chaux, bancs, arbustes : Viburnum tinus Gwenllian, Okuba longifolia, Okuba borealis, Eleagnus macrophylla, Escalonia ilinata ; Plantes annuelles : Agastache mexicana, Gomphrena caudatus verte et rouge, Ammi visnaga, Horacum jubatum, Pennisitum compressum, Verbena bonnariensis, Verbena rigida polaris et Verbena venosa ; Jardin potager : radis, choux, salades, tomates, pommes de terre, cardes, potirons, haricots, poireaux.

Ce qui reste(ra)

Regarder le travail photographique et déambuler dans la réalisation à l'extérieur pointe le décalage qui s'opère inévitablement. La photo nous renvoie au « ça-a-été-joué », à la facticité, à la construction d'une fiction, à l'écart entre un « ici » et un « ailleurs », une délocalisation. La transposition reconstruit à terme photographiquement notre relation au site, ne serait-ce que par le passage du tridimentionnel au bidimensionnel. Le lieu de la transposition est celui d'une substitution d'une technique par une autre : on passe d'une logique de l'in situ à celle d'un ex situ. Le paradoxe, avec la finalité photographique, réside dans le fait que l'image photographique fait entrer dans une autre gestion de l'espace et du temps. D'ailleurs la clôture de l'activité est ici facilitée par le détachement imposé : le retrait de notre implication dans le site comme lieu d'une immersion fusionnelle pour un substitut, le simulacre de l'image.

Actions menées depuis l'automne 2001 jusqu'au mois de juin 2002. L'installation paysagère étant éphémère, nous resterons désormais confrontés à son souvenir (pour ceux qui l'ont vue) ou en tout cas à son aspect transitoire. Mémoire d'actions, chronologie et découverte d'une photo (pour ceux qui n'en connaissaient rien).
Bruni & Babarit